En résumé
• Segmentation touristique : hôtels stables, restauration en baisse jusqu’à 25 %.• Touristes américains dépensent plus, mais dominent clientèles au détriment locale.
• Modèle azuréen déséquilibré, risque pour restauration et territoires moins touristiques.
Le premier bilan touristique de l’été 2025 sur la Côte d’Azur révèle un paradoxe : une saison jugée correcte du côté des hébergements, mais décevante pour les restaurateurs. Les chiffres d’occupation hôtelière progressent légèrement par rapport à 2024, atteignant jusqu’à 98 % en pointe mi-août. Pourtant, les professionnels de la restauration observent une chute de fréquentation allant jusqu’à 25 %. Si la clientèle française semble plus économe, les Américains sauvent la mise par leur présence et leur niveau de dépense. Derrière les bons taux d’occupation, c’est un modèle économique déséquilibré qui se dessine, au détriment des acteurs les plus exposés.
Une fréquentation touristique stable, mais sans véritable reprise
Les hébergements de la Côte d’Azur affichent une résilience notable, avec un taux moyen d’occupation en hausse de 1 à 3 points selon les catégories. Hôtels, campings, résidences de tourisme et logements entre particuliers ont tous bénéficié d’un léger regain, en particulier lors du long week-end du 15 août, où l’occupation a culminé à 98 %. La zone littorale reste la locomotive de la saison, bien devant l’arrière-pays, où la fréquentation stagne autour des 50 à 62 % selon les périodes. Ces chiffres positifs cachent toutefois une absence de dynamique forte. Les événements culturels et sportifs (Nice Jazz Festival, Patrouille de France à Menton…) ont permis de soutenir la saison, mais aucun effet d’entraînement massif n’a été constaté.
La stabilité de la fréquentation tient davantage à la fidélité de certains marchés étrangers qu’à une reprise de la demande intérieure. Les professionnels interrogés constatent une forme d’essoufflement de la demande domestique, combinée à un renforcement de la sélection budgétaire des vacanciers. La reprise se fait donc au ralenti, avec une visibilité encore floue pour la suite de l’année.
Une restauration en crise silencieuse, étranglée par la baisse de la clientèle
Alors que l’hébergement résiste, la restauration dévisse. Les restaurateurs azuréens enregistrent des baisses de fréquentation de 15 à 25 % selon les segments. Cette tendance touche en priorité la gastronomie traditionnelle, mais n’épargne pas les établissements plus généralistes. En cause, une réduction de la dépense moyenne, une préférence accrue pour les solutions de type livraison ou plats à emporter, et une pression concurrentielle renforcée par les locations saisonnières qui offrent des cuisines équipées. Certains professionnels parlent d’un été en trompe-l’œil, où les terrasses pleines le soir masquent des journées entières creuses, en particulier dans les zones moins touristiques.
Cette situation soulève des questions de fond sur le modèle touristique local, qui repose sur un équilibre entre hébergement, restauration et activités. Quand un maillon cède, c’est toute la chaîne qui se fragilise. Le paradoxe est d’autant plus marquant que les chiffres d’occupation hôtelière pourraient laisser croire à une excellente saison. Or, si les touristes dorment, ils ne consomment plus comme avant. Pour beaucoup de restaurateurs, cette évolution n’est plus conjoncturelle, mais structurelle : l’économie du repas de vacances est en train de se reconfigurer.
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Une clientèle étrangère toujours plus décisive… mais déséquilibrante
Les touristes étrangers, notamment américains, ont représenté 57 % de la clientèle estivale sur la Côte d’Azur en juillet et août. Leur contribution est déterminante : ils dépensent en moyenne 170 euros par jour et par personne, contre 75 euros pour les Français. Cette surreprésentation a sauvé la saison, en particulier à Nice et dans ses alentours, où les liaisons aériennes transatlantiques sont stratégiquement développées. Mais cette dépendance croissante à une clientèle lointaine pose question. Elle expose la région à de fortes vulnérabilités géopolitiques, sanitaires ou économiques. La diversification est faible, les Asiatiques restent absents, et les clientèles européennes stagnent.
Les effets d’une telle orientation se font déjà sentir : montée des prix dans les zones prisées, déconnexion croissante entre offre et clientèle locale, et creusement des inégalités entre les territoires. Tandis que le littoral bénéficie de cette manne étrangère, l’arrière-pays et les commerces de proximité peinent à suivre. Cette polarisation interroge la soutenabilité du modèle touristique azuréen, de plus en plus centré sur les classes aisées internationales, au détriment d’un tourisme équilibré et territorialement réparti.